- La sécurité des cryptoactifs ne peut plus reposer uniquement sur la technologie : elle doit intégrer des règles pratiques et une préparation aux risques physiques.
- Limiter toute exposition publique de ses adresses et les décentraliser est aujourd’hui une règle de sécurité fondamentale en cas de contrainte physique.
La France connaît une montée inquiétante des attaques physiques ciblant les détenteurs de cryptomonnaies, un phénomène communément appelé wrench attack. Ces agressions ne se limitent plus au piratage informatique. Elles impliquent désormais des violences directes, souvent au domicile des victimes, afin d’obtenir un accès forcé aux wallets.
Dans ce contexte, la sécurité des détenteurs de cryptoactifs ne peut plus reposer seulement sur la technologie. Elle nécessite dorénavant des règles pratiques, une réduction drastique de l’exposition et une préparation adaptée aux risques physiques. Voici quelques règles que vous pourrez suivre, en tant que propriétaire de wallets.
Réduire vos exposition et la traçabilité de vos mouvements cryptos
Le 18 décembre au matin, à La Rochelle, un nouvel investisseur crypto et sa famille ont été victimes d’une attaque particulièrement violente. Quatre assaillants se sont introduits chez eux et, sous la contrainte, sont parvenus à transférer environ 10 millions de dollars en cryptos. L’un des vols de ce type les plus importants jamais recensés en France.
L’attaque de La Rochelle semble avoir été précisément préparée. Selon les premiers éléments de l’enquête, les assaillants connaissaient les adresses des wallets ciblés ainsi que les montants détenus. Lors de l’agression, ils auraient même indiqué aux victimes que ces informations provenaient d’un data leak, relançant le débat sur la protection des données sensibles dans l’écosystème crypto.
La première règle de sécurité consiste donc à limiter toute exposition publique. Associer une identité réelle à une adresse blockchain sur les réseaux sociaux, dans des commentaires ou lors de concours et d’airdrops constitue un risque majeur. Une simple adresse publiée peut être analysée, suivie et reliée à un patrimoine conséquent.
Il est également crucial de fragmenter ses avoirs. Centraliser 100 % de ses fonds sur un seul wallet facilite considérablement le travail d’un agresseur en cas de contrainte physique. Répartir les actifs sur plusieurs wallets rend la reconstitution complète du patrimoine beaucoup plus complexe, voire impossible dans l’urgence.
Enfin, la mise en place d’un wallet sacrificiel demeure une mesure de protection souvent sous-estimée. Conserver volontairement 5 à 10 % de ses fonds sur un wallet accessible permet, en cas d’agression, de céder rapidement une somme limitée sans compromettre les wallets principaux. Cette approche vise avant tout à préserver l’intégrité physique des victimes.
Mettez en place des barrières techniques et humaines efficaces
Pour les patrimoines crypto importants, l’utilisation de wallets multisignatures (multisig) est fortement recommandée. Des solutions comme Gnosis Safe ou Squads exigent plusieurs signatures indépendantes pour valider une transaction. Ainsi, même sous la contrainte, une seule personne ne peut pas transférer les fonds.
À cette architecture technique doit s’ajouter un facteur humain. La mise en place d’un code d’alerte prédéfini entre les signataires du multisig. Cela permettra d’identifier immédiatement une situation de danger. Un mot-clé utilisé lors d’un appel forcé peut ainsi alerter les autres membres, bloquer les transactions et déclencher une alerte auprès des autorités.
Ces dispositifs collectifs rendent les attaques physiques beaucoup moins efficaces. Ils augmentent le temps nécessaire aux agresseurs et réduisent considérablement leurs chances de succès.

