- Un document de la BCE signale que les stablecoins augmentent les coûts de financement des banques et réduisent l’offre de crédit.
- L’institution avertit que la domination des jetons indexés sur le dollar pourrait importer des conditions monétaires étrangères en Europe.
Dans un rapport de travail partagé le mardi 3 mars 2026, les économistes de la Banque Centrale Européenne (BCE) ont lancé un avertissement sur l’expansion des stablecoins. Ces actifs numériques, souvent perçus comme des substituts aux dépôts bancaires traditionnels, pourraient déstabiliser le mécanisme de transmission de la politique monétaire. Le régulateur affirme qu’ils pourraient également fragiliser le financement de l’économie réelle.
Le système bancaire européen court-circuité par les stablecoins ?
Le rapport met en évidence un effet de substitution des dépôts, où les ménages et les entreprises délaissent leurs comptes courants pour des portefeuilles numériques. Les banques commerciales s’appuient historiquement sur ces dépôts comme source de financement stable et peu coûteuse pour accorder des prêts. Une fuite massive vers les stablecoins obligerait les établissements de crédit à se tourner vers des marchés de financement de gros, plus volatils et onéreux. Cette hausse des coûts de financement se traduirait inévitablement par une contraction du crédit aux entreprises et aux particuliers. Elle limiterait par conséquent, la capacité d’investissement dans la zone euro.
L’analyse de la BCE souligne que cet impact est non linéaire. En effet, si les effets restent marginaux à l’heure actuelle, ils pourraient s’accélérer brutalement à mesure que l’adoption des stablecoins se généralise. Le marché global dépasse actuellement les 300 milliards de dollars et certaines projections envisagent qu’il atteigne 2 000 milliards de dollars d’ici 2028. L’institution craint que cette croissance ne rende les réactions du crédit bancaire aux décisions de taux d’intérêt moins prévisibles. Cela compliquerait probablement ainsi la mission de stabilisation économique de la banque centrale.
La souveraineté monétaire européenne face à la domination du dollar numérique
L’autre point d’alerte concerne la composition monétaire du marché des stablecoins. Près de 97 % des actifs en circulation sont indexés sur le dollar américain, une devise qui échappe totalement au contrôle de Francfort. L’utilisation croissante de ces instruments pour les transactions quotidiennes en Europe créerait un canal d’importation des conditions monétaires américaines. En période de tensions financières, la BCE redoute de perdre son autonomie. Puisque, les liquidités et les conditions de dépenses en Europe deviendraient dépendantes de décisions prises outre-Atlantique ou des chocs du système financier américain.
Face à cette menace pour la souveraineté monétaire, la BCE plaide pour une réglementation plus stricte et accélère ses travaux sur l’euro numérique. Ce projet de monnaie centrale vise à offrir une alternative publique et sécurisée aux stablecoins privés. En même temps, il va intégrer des limites de détention pour protéger les dépôts bancaires commerciaux. L’institution insiste sur la nécessité de garanties de rachat robustes et d’une transparence accrue sur les réserves des émetteurs privés. C’est une condition sine qua none pour éviter que des acteurs comme Visa ou Mastercard ne transforment radicalement le paysage bancaire européen.

