- Le Sirasco comptabilise une quarantaine de séquestrations depuis juillet 2023, avec une concentration marquée en région parisienne.
- Plus de 50 % des victimes sont des professionnels du secteur, notamment des entrepreneurs, des influenceurs ou des investisseurs actifs.
Une note confidentielle du Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) révèle une recrudescence alarmante des agressions violentes. Il s’agit essentiellementde celles qui visent à extorquer des actifs numériques par la contrainte.
Une organisation criminelle méthodique et structurée à l’étranger à l’origine des agressions
Les enquêtes de la police judiciaire mettent en lumière des réseaux criminels aux structures pyramidales particulièrement sophistiquées. Les opérations sont souvent pilotées par des commanditaires basés hors de France. Ils coordonnent des recruteurs locaux via des messageries cryptées. Ces derniers engagent à leur tour, de jeunes exécutants de moins de 30 ans pour mener les phases d’intimidation, d’enlèvement et de séquestration.
Plus de 14 affaires ont déjà été enregistrées pour le seul début de l’année 2026, approchant les dix-neuf cas documentés sur l’ensemble de l’année précédente. Cette tendance démontre une professionnalisation des malfaiteurs qui ciblent spécifiquement des hommes âgés de 20 à 35 ans identifiés comme fortunés sur les réseaux sociaux.
Le mode opératoire privilégie les zones urbaines denses, où l’anonymat des déplacements facilite l’approche des victimes. Une partie des dossiers relève de règlements de comptes entre délinquants pour le remboursement de dettes. Mais, la majorité des cibles récentes sont des citoyens sans casier judiciaire, agressés à leur domicile ou dans l’espace public. Les forces de l’ordre soulignent que l’exposition médiatique et la publication de signes extérieurs de richesse constituent les principaux facteurs de vulnérabilité. La note du Sirasco insiste sur le fait que la discrétion constitue désormais la première ligne de défense pour tout détenteur d’actifs numériques significatifs.
Un appel à la fermeté judiciaire pour protéger l’écosystème
Face à cette menace grandissante, les figures de proue de l’industrie technologique française montent au créneau pour réclamer une réponse pénale plus sévère. Eric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a récemment alerté sur un risque imminent pour la France. Celui de voir l’Hexagone devenir un territoire hostile pour les entrepreneurs de la blockchain si des condamnations exemplaires ne sont pas prononcées. Il plaide pour une requalification systématique de ces actes en association de malfaiteurs criminelle. Il réitère que le traumatisme subi par les victimes et leurs familles entrave durablement l’attractivité économique du pays.
La justice commence à répondre à cette exigence de fermeté. À Amiens, deux jeunes hommes ont récemment été condamnés à des peines de neuf et cinq ans de prison ferme pour la séquestration d’une famille visant une extorsion de cryptomonnaies. Cependant, le Sirasco note que la capture des exécutants ne suffit pas à démanteler les réseaux. Les commanditaires restant souvent hors de portée des mandats d’arrêt internationaux. Pour contrer ce phénomène, les experts recommandent désormais l’utilisation de protocoles de sécurité multi-signatures et la séparation stricte des identités numériques et physiques. Ces solutions rendent toute extorsion immédiate techniquement impossible sous la contrainte.

