- Déclarer un wallet auto-hébergé expose toute l’activité crypto en France d’un individu et transforme un outil privé en dispositif potentiel de surveillance continue.
- Rendre identifiables les détenteurs de wallets accroît leur exposition aux agressions, extorsions et enlèvements déjà répandus dans l’écosystème crypto.
La proposition qui amène les propriétaires cryptos à déclarer leurs portefeuilles auto-hébergés dépasse largement le cadre fiscal. Une telle mesure transformerait un outil de souveraineté technologique en vecteur de surveillance. Au-delà des questions juridiques et administratives, c’est la sécurité personnelle. C’est aussi l’intégrité numérique et le respect des libertés individuelles qui se retrouvent au cœur du débat.
La déclaration de wallets efface la vie privée et facilite le suivi permanent des mouvements cryptos.
Déclarer son portefeuille crypto, ce n’est pas seulement indiquer qu’on détient des actifs numériques. Cette action, c’est aussi révéler une empreinte financière entière. En effet, une adresse blockchain raconte tout : les montants conservés, les opérations passées, les mouvements futurs, les interactions avec des protocoles et même certains comportements d’investissement.
Contrairement à un compte bancaire, un wallet auto-hébergé ne bénéficie d’aucune barrière de confidentialité. Donc, une fois, qu’il est associé à un individu, il devient un identifiant public dont les traces ne s’effacent jamais.
Cette transparence forcée que propose la cour des comptes crée un précédent inquiétant. En associant systématiquement une identité civile à un identifiant numérique, l’État pourrait observer en continu l’activité financière des citoyens sans procédure judiciaire ni contrôle indépendant. Il suffirait de relier une adresse à un nom pour disposer des détails de la vie économique d’une personne : ses dépenses, ses stratégies, ses affiliations et ses habitudes.
🚨 INFO pour tous les holders en France ! 🇫🇷
Bercy veut vous OBLIGER à déclarer vos Ledger, Metamask et TOUS vos wallets auto-hébergés.
C'est une attaque directe contre la liberté et la sécurité. Le cauchemar crypto en France ne fait que commencer ! pic.twitter.com/pPpS0eSm6Q
— Monsieur-TK (@MiningTk) December 5, 2025
Cela soulève une question : peut-on encore parler de détention privée lorsqu’un portefeuille personnel devient un élément d’un fichier public ou administratif ? L’idée même d’auto-garde est conçue pour protéger la souveraineté de l’utilisateur. Elle se retrouve détournée en outil d’analyse et de profilage.
La mesure de Bercy pourrait accroître les risques physiques et éthiques pour les détenteurs
Au-delà des enjeux numériques, la divulgation des portefeuilles augmente aussi les risques dans le monde réel. En effet, les acteurs du monde crypto en Europe sont déjà la cible d’un type de criminalité bien particulier : les wrench attacks. Ce sont des intimidation à domicile pour obtenir des phrases de récupération ou des agressions ciblées après fuite d’informations financières. Dans les cas extrêmes, des enlèvements motivés par la simple présomption de fonds en actifs numériques voir des assassinats comme le cas récent d’un jeune ukrainien.
Rendre plus accessible la liste des détenteurs importants revient donc à dresser un catalogue de cibles potentielles. L’histoire récente montre que certains incidents dramatiques ont été motivés précisément par cette perception, qu’elle soit exacte ou non. Lier officiellement des portefeuilles à des identités civiles, fragilise ainsi la sécurité personnelle de milliers de citoyens. En plus, elle expose leurs proches à des menaces encore plus graves.
Cette dérive pose un dilemme moral majeur : jusqu’où peut-on sacrifier la sécurité des individus au nom de la transparence fiscale ? Une mesure supposée protéger le système économique risque d’amplifier les violences physiques. Elle sape aussi l’un des principes fondateurs de la cryptomonnaie : la possibilité de conserver ses biens dans un espace privé, sécurisé et autonome.
Face à ces contradictions, le parcours législatif connaît aujourd’hui un net ralentissement. Les blocages successifs montrent que les décideurs commencent à percevoir l’ampleur des implications éthiques et sociétales. Entre le besoin de régulation et la menace d’une surveillance étendue, le débat est désormais loin d’être tranché. L’adoption finale d’un tel dispositif prévu pourrait encore être repoussée

